Découragement?

Publié le par actionfrancaise

 

Parmi les nombreux maux qui rongent les milieux militants, ces anachroniques îlots d’engagement et d’idéal perdus au milieu de l’océan sans cesse grossissant de l’égoïsme et du matérialisme, la tentation du découragement est peut-être le plus répandu et le plus profond.

Bien rares, en effet, sont ceux qui peuvent affirmer n’avoir jamais ressenti au moins l’ombre de ce mal qui voile les énergies et écrase les volontés. Bien rares sont ceux qui n’ont pas, face à l’extrême modestie ou à la quasi-inexistence des résultats obtenus, été tentés de quitter le camp retranché saccagé et battu par les vents pour rejoindre l’apaisante veulerie du troupeau.

En fait, pour presque tout militant, le découragement est un ennemi intime qui, tapis au fond du coeur ou de l’âme, guette l’instant propice pour frapper sous les formes les plus diverses, du cynisme à l’abandon pure et simple en passant par la trop fameuse « prise de recul ». Ainsi, combattre sans cesse et rageusement cet ennemi mortel est-il l’un des plus impérieux et constants devoirs du militant car lui céder n’est pas une simple faiblesse, c’est une trahison.

Il ne s’agit pas, en affirmant cela, d’en appeler à une quelconque « sur-humanité » de preux chevaliers d’airain incapables d’abattement ou de renoncement, imagerie épinalesque usée jusqu’à la corde et souvent grotesque quand on la rapporte à la réalité du terrain. Non, il s’agit simplement d’affirmer que le « découragement » ne peut être envisagé qu’en cas d’investissement complet, absolu, quotidien et permanent au service d’une cause. Car, dans toute autre cas, le « découragement » n’est que le cache-sexe de la fuite, la justification de l’apathie, l’alibi de l’embourgeoisement…

 

« Les résultats sont médiocres ? Les victoires tardent? » Mais qu’en est-il de mon investissement, de mon travail? Ai-je tout fait ce qui était en mon pouvoir pour faire progresser les choses? N’aurais-je pas pu consacrer plus de temps, d’argent, à la cause, coller plus d’affiches, lire plus de livres, rédiger plus d’articles, parler à davantage de connaissances…? N’ai-je pas manqué de générosité, d’entrain, d’audace, d’imagination? Voilà les questions que devrait se poser un militant plutôt que de se lamenter et de chercher une discrète porte de sortie… Pour avoir le droit d’être « découragé », il faudrait pouvoir se faire toutes ses interrogations et en conclure que « oui », on a bien tout donné et tout fait, tout essayé et tout tenté… Mais qui peut avoir la prétention de l’affirmer sans rougir? Hors cette impossible réponse, comment alors prétendre être « découragé » par des efforts finalement modestes, un engagement partiel, des sacrifices dérisoires et des difficultés superficielles, si ce n’est par simple aboulie et banale pusillanimité? Je me plains d’une dénonciation sur internet ou d’une fâcherie familiale mais celui qui a passé 6 mois derrière les barreaux, lui, continue à croire et à combattre!

 

« Oui, mais ma petite amie m’a quitté parce que je consacrais trop de temps au militantisme! » Allons, pas de blague! Trêve d’hypocrisie! Celui qui répète une telle phrase en connaît pertinemment toute la fausseté… Chacun sait très bien que ce genre de billevesée n’est proférée que pour donner le change, pour masquer un ratage conjugal, une banale lassitude sentimentale ou un quelconque nouveau prurit du bas ventre de la demoiselle… Que compte ce genre de médiocres jeux de rôles face à la grandeur de nos espoirs et la profondeur de nos convictions?

 

« Mon engagement est une barrière à ma réussite financière et sociale. » Au moins cet « argument », peut-être le plus répandu, a-t-il le mérite de l’honnêteté. Mais, outre de nombreux contre-exemples qui tendraient à prouver c’est davantage la médiocrité et la fainéantise que la politique qui sont les véritables facteurs d’échec socio-économique, que nous importent les ors et les lauriers d’une société que nous méprisons et que nous voulons abattre? Si nous y sommes si sensibles, c’est que nous n’avons jamais été sincères. Il ne s’agit alors plus de « découragement » mais simplement de retour à sa vraie nature. Ainsi, untel parle de « sacrifices » en évoquant les luxes et paillettes - des passages télévisés aux tables réservées dans les discothèques à la mode en passant par les filles faciles - qu’il a abandonné pour rejoindre le combat politique. Mais il n’y a là aucun « sacrifices », il n’y a au contraire que des gains et des bienfaits et au lieu de se repaître de la pourriture passée perdue, il devrait sans cesse se réjouir et se féliciter de la nouvelle ascèse purifiante qu’il a choisi de s’imposer. Sinon il n’est qu’un faussaire et un comédien.

Le découragement est donc interdit au militant sincère et cohérent, non pas parce qu’il est plus dur ou plus insensible que les autres, mais parce qu’il est conscient qu’il n’en a pas le droit au regard de ses obligations envers son pays et son peuple et des héroïques dévouements de ceux qui l’ont précédés.

Quand aux grandes victoires il est d’évidence qu’elles ne sont pas à portée d’existence humaine, que le travail d’aujourd’hui est celui du semis et de la fondation. Mais n’en n’avons nous pas déjà de petites qui, à elles seules, justifient largement tout?

 

Ces camarades que l’on peut faire venir en pleine nuit sur un simple coup de téléphone, ces quelques familles sauvées de la rue, ces rires au fond d’un pub jusqu’au petit matin, cette jeune fille qui sourit doucement en tractant un dimanche sous la pluie, cette communauté qui offre un toit et un accueil un peu partout dans le monde, ces jeunes qui font du sport et ne se droguent pas, ces gens prêts à donner et prendre des coups pour autre chose que leur portefeuille… infinité de petits triomphes contre l’implacable noirceur du temps!

Ne perdons jamais cela de vue et laissons définitivement le découragement aux vieillards et aux bourgeois!

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